Saturday, July 25, 2026

Tunisie : Kaïs Saïed, une espérance à nouveau déçue

 En Tunisie, Kais Saied est une espérance à nouveau déçue

Cinq ans après le coup de force de Kaïs Saïed, une ambiance de fin de règne plane à nouveau sur la Tunisie. Le 25 juillet 2021, il s’emparait des pleins pouvoirs dans une atmosphère de liesse et de soulagement. Il promettait de remettre la Tunisie sur la voie de la révolution et de concilier démocratie et justice sociale grâce à une nouvelle architecture institutionnelle et d’en finir avec la corruption endémique au sein de l’État. Mais son projet politique n’a produit que la tyrannie et l’impuissance.




 

THIERRY BRÉSILLON | ORIENT XXI | 24 JUILLET 2026*


[Je réproduis dans son intégralité de l'article éclaircissant publié il y a 2 jours par le journaliste Thierry Brésillon, me limitant à y ajouter quelques notes personnelles d'opinion et de réfléxion. - Nino G. Mucci, samedi 25 juillet 2026]


Au lendemain de son coup d’État du 25 juillet 2021, la question se posait de savoir si Kaïs Saïed aurait les moyens conceptuels et politiques d’être le « sauveur » de la Tunisie qu’il prétendait être, ou s’il deviendrait un tyran. Cinq ans plus tard, la réponse ne fait aucun doute. La vie politique tunisienne est devenue une interminable chronique judiciaire, où la Justice, mise au pas, enchaîne les procès pour envoyer opposants, journalistes et militants associatifs en prison. Les espaces de liberté d’expression, d’initiatives sociales et culturelles ont disparu. Le quotidien des Tunisiens est rythmé par l’inflation, les pénuries et les restrictions d’importation. En cette période de canicule, les coupures d’eau et d’électricité, accompagnées d’incendies catastrophiques mettent en lumière les défaillances de l’État. Des patients meurent dans les hôpitaux en raison des coupures d’oxygène.

 

Avec un taux d’investissement de 10,4 % du PIB, (malgré une reprise de l’investissement étranger), la Tunisie est en bas du classement mondial. Le taux de dette publique (hors dette des entreprises d’État) reste supérieur à 80 %.

 

Il a suffi de quelques jours de doute sur l’état de santé du président, le week-end du 18 juillet, pour qu’un coup d’État apparaisse comme imminent. Cinq ans plus tard, les Tunisiens sont en proie au même sentiment de colère et d’effroi qui avait précédé le coup du 25 juillet 2021, au cœur d’une vague meurtrière de Covid.


UNE DÉMOCRATIE « EFFONDRABLE »

 L’annonce par Kaïs Saïed de l’entrée en vigueur de l’article 80 de la Constitution qui lui permettait de prendre des « mesures exceptionnelles » en cas de « danger imminent » avait été accueillie par des réactions de liesse [1]

Les sondages mesuraient un taux de soutien de 94,9 % à l’activation de l’état d’exception, de 86 % au gel pourtant inconstitutionnel du Parlement, de 88 % à la levée de l’immunité parlementaire des députés. Le taux de confiance accordée au chef de l’État avait bondi de 30 % à 82 %, le taux d’optimisme pour l’avenir était passé à 77 % [2]. Des résultats à la mesure du fiasco de la transition amorcée après la fuite du président Zine El-Abidine Ben Ali le 14 janvier 2011.

 

Le parlement était vu, non sans raison, comme « le lieu de transactions douteuses entre les partis, de conflits stériles et clownesques et de la préservation de l’impunité vis-à-vis des poursuites judiciaires » [3]

La Constitution de 2014 avait éclaté le pouvoir entre trois présidences — l’État, l’Assemblée, le gouvernement — afin d’instituer l’obligation du compromis au cœur du pouvoir, mais cette architecture avait fini par paralyser l’action de l’État. Pour une majorité de Tunisiens, la transition démocratique s’était traduite par une dégradation de leurs conditions de vie. La fracture entre représentants et représentés était béante, et le ressentiment à son comble. Contrairement aux espoirs placés dans la démocratie après cinq décennies d’autoritarisme, la corruption et le clientélisme s’étaient démultipliés, la défiance envers l’État s’était aggravée, la fracture territoriale avait perduré. Pour paraphraser le penseur algérien Malek Bennabi (1905-1973), on pourrait dire que si la démocratie parlementaire s’est effondrée le 25 juillet 2021, c’est qu’elle était « effondrable » [4]

 

UN MOMENT NÉO-SOUVERAINISTE

 

Cette déconvenue arrivait dans un moment où la démocratie libérale, comme objet du désir universel des peuples et comme mode de gouvernance permettant de garantir la juste distribution du pouvoir et des richesses, était en crise. Le coup de force de Kaïs Saïed faisait écho aux discours de légitimité utilisés lors de la vague de putschs au Mali (2020), en Guinée (2021), au Burkina (2022), ou au Gabon (2023). Les nouveaux pouvoirs entendaient s’affranchir du surplomb matériel et symbolique de l’Occident et que le philosophe camerounais Achille Mbembe qualifiait de « néo-souverainiste » [5].   Kaïs Saïed reprochait à la Constitution de 2014 d’avoir dissocié la dimension institutionnelle et la justice sociale, considérée comme le sous-produit de la démocratie et non comme une de ses composantes, et même de ses conditions. Inspiré par un petit groupe d’intellectuels issus de l’extrême gauche, soutenus par de jeunes militants familiers des cercles altermondialistes, parfois engagés dans des mobilisations sociales locales, des gens qui citaient le penseur du socialisme libertaire Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), ou le philosophe marxiste Toni Negri (1933-2023), il était porteur d’un projet de « nouvelle construction » qui visait à traiter par la Constitution la question de la justice sociale.

 

Selon des principes tirés du conseillisme  [6] ou plus exactement du communalisme  [7], il proposait de bâtir un système de représentation émanant des territoires. Ce système repose sur une cascade ascendante de désignations, par vote ou par tirage au sort, depuis des conseils locaux jusqu’à un conseil national des districts et des régions, compétent sur les questions économiques et sociales. Il constitue un canal de représentation parallèle à celui d’une Assemblée de députés élus parmi des candidats parrainés par les citoyens de leur circonscription. Tous les élus directs sont révocables. Les modalités d’élection sont conçues pour écarter l’intervention des partis, afin de permettre l’émergence d’une nouvelle classe politique qui n’émane pas des appareils partisans centralisés. Cette proposition avait, sur le papier, la beauté des utopies anarchisantes, mais sa mise en œuvre s’est enlisée dans ses propres contradictions.

 

UN « HORIZONTALISME » VERTICAL

 

Avant tout, on ne pouvait guère attendre des parlementaires élus en 2019, qu’ils sabordent le système dont ils tiraient leur pouvoir.

Kaïs Saïed n’avait d’autre option que de le détruire par un acte unilatéral pour mettre son projet à exécution. Mais inaugurer un projet démocratique par le coup de force d’un homme seul n’était pas du meilleur augure. L’une des contradictions les plus handicapantes de cette offre de démocratie radicale, c’est qu’elle arrivait très en retard sur le moment « anarchiste » de la révolution quand, dans le chaos des premiers jours après le départ de Ben Ali, des jeunes avaient organisé spontanément des comités populaires pour surveiller les déplacements suspects d’agents provocateurs, pour gérer les problèmes du quartier, et même, à certains endroits, pour remplacer la municipalité… Fin janvier, puis fin février 2011, cette mobilisation avait culminé avec les sit-in devant la Kasbah, siège du premier ministre à Tunis, de jeunes révolutionnaires venus des régions pour exiger une rupture complète avec l’ancien régime. C’est là que Kaïs Saïed a eu sa révélation politique et a rencontré les intellectuels et les militants qui allaient déterminer sa trajectoire.

 

L’une des contradictions les plus handicapantes de cette offre de démocratie radicale, c’est qu’elle arrivait très en retard sur le moment « anarchiste » de la révolution quand, dans le chaos des premiers jours après le départ de Ben Ali, des jeunes avaient organisé spontanément [8] des comités populaires pour surveiller les déplacements suspects d’agents provocateurs, pour gérer les problèmes du quartier, et même, à certains endroits, pour remplacer la municipalité… Fin janvier, puis fin février 2011, cette mobilisation avait culminé avec les sit-in devant la Kasbah, siège du premier ministre à Tunis, de jeunes révolutionnaires venus des régions pour exiger une rupture complète avec l’ancien régime. C’est là que Kaïs Saïed a eu sa révélation politique et a rencontré les intellectuels et les militants qui allaient déterminer sa trajectoire.

 

Mais en 2019, son offre n’était pas portée par des formes préexistantes d’organisations comme avaient pu l’être les syndicats dans l’Argentine de Juan Domingo Perón (1946-1955), les assemblées de barrio (quartier populaire) dans le Venezuela de Hugo Chávez (1999-2013), ou les conseils d’ouvriers ou de soldats pour la révolution spartakiste en Allemagne (1919)… Il lui fallait donc créer de toutes pièces, par le haut et par décret, les bases d’une organisation conçue comme horizontale, ascendante et spontanée.

 

En guise de concertation, Kaïs Saïed a lancé en janvier 2022 une consultation en ligne. C’était un ersatz très pauvre de démocratie délibérative : des questions sur une série de thèmes disparates, sans problématisation, sans public identifié selon le sujet. Cette méthode laissait au chef de l’État toute latitude pour en tirer les conclusions qu’il voulait. Seuls 500 000 Tunisiens, sur 12 millions (dont 8 millions en âge de voter), y ont pris part.

 

En mai de la même année, il a formé une commission pour rédiger un projet de Constitution. Elle était présidée par Sadok Belaïd, un juriste revenant de l’époque de Ben Ali, qui n’avait pas vraiment le profil pour un projet révolutionnaire. Kaïs Saïed a tellement remanié le texte qu’il lui a proposé en juin que Belaïd l’a finalement désavoué. Autant dire que c’est le chef de l’État qui a rédigé seul une constitution à sa mesure, présidentialiste à l’extrême.

 

UN DÉSENGAGEMENT DÉMOCRATIQUE

 

Soumise à référendum le 25 juillet 2022, la Constitution qui instaure la IIIe République a certes été approuvée à 94 %, mais avec près de 70 % d’abstention. La participation aux élections législatives de décembre 2022/janvier 2023 n’a pas dépassé 11 %, en partie en raison de l’appel au boycott des partis politiques. Mais d’autres facteurs significatifs ont joué, au-delà de la fatigue électorale.

 

Beaucoup d’abstentionnistes expliquaient que, pour eux, seule la présidentielle avait de l’importance, puisque seul le chef de l’État détient la réalité du pouvoir.

C’était une forme d’adhésion, non à la lettre du projet de Kaïs Saïed, censé renforcer le lien entre les représentés et leurs représentants, mais à sa pratique présidentialiste. Les modalités de sélection des candidats par des parrainages citoyens ont joué un rôle : dans les zones rurales, ce sont des gens pourvus d’un capital social — des liens de parenté, de voisinage, plus rarement des leaders de mobilisations locales — qui ont été choisis. La participation a été sensiblement plus forte qu’en ville, où les candidats étaient, pour la plupart, des parfaits inconnus, et où les électeurs ont voté à l’aveugle puisqu’ils ne pouvaient pas rattacher les candidats à une affiliation partisane ou idéologique. [9]

 

La participation n’a pas été plus élevée pour l’élection des conseils locaux en décembre 2023 et février 2024 — respectivement de 11,66 % et de 12,44 %. Enfin, Kaïs Saïed a été réélu le 6 octobre 2024, avec un score de 90 %. S’il l’a été avec un nombre de voix comparable à l’élection de 2019 (2,7 millions en 2019 / 2,5 en 2024), le taux de participation était néanmoins d’à peine 29 %.

 

Le scrutin en lui-même semble avoir été régulier, mais un des deux autres candidats a été emprisonné avant le scrutin, et les candidats les plus dangereux avaient été empêchés de déposer leur candidature par des obstructions administratives.

 

L’effervescence démocratique que les conseils locaux devaient susciter est imperceptible. Leur contribution à la formulation de projets de développement locaux reste formelle et leur activité est supervisée par les autorités administratives. On est aux antipodes du communalisme et de la démocratie directe.

 

Cette manière de politiser la question économique et sociale à travers une représentation fragmentée tend à rendre invisible l’existence d’intérêts et de visions contradictoires qui s’affrontent dans un champ politique national. Le rôle du Conseil national des districts et des régions, censé concentrer le projet économique émanant du peuple, reste une énigme. En revanche, une stratégie aussi déterminante que la transition énergétique est élaborée dans le secret des cabinets ministériels, encadrés par des experts étrangers. [10]

 

Les deux chambres ont été mises devant le fait accompli quand il s’est agi, fin avril 2026, d’approuver des concessions à des entreprises étrangères pour l’exploitation de centrales photovoltaïques. [11]

 

L’engouement suscité par Kaïs Saïed lors du coup d’État du 25 juillet 2021 ne signifiait pas une adhésion à son projet de modèle alternatif de démocratie. Il exprimait, pour une part non négligeable, un rejet viscéral du parti islamiste conservateur Ennahda

 

L’emprisonnement de Rached Ghannouchi et d’une bonne partie de la direction du parti islamiste jusqu’à la fin de leurs jours — si rien ne change d’ici là —, est la seule attente à laquelle il ait réellement répondu. Un autre ressort du soutien à Kaïs Saïed était une demande d’assainissement de la vie publique, voire une forme de ressentiment à l’encontre des acteurs de la transition. Cet assemblage n’était pas de nature à produire un regain de participation au sein de mécanismes en théorie plus inclusifs. Pour l’essentiel, c’était une demande d’autorité à laquelle Kaïs Saïed a été le plus enclin à répondre.



UN PEUPLE FANTASMÉ

 

Le paradoxe ultime de Kaïs Saïed est qu’il se soit trouvé investi d’un projet de démocratie inspiré de conceptions anarchistes alors qu’il est totalement habité par une mystique de l’État. Certes, il a vu dans les jeunes révolutionnaires qu’il a rencontrés lors des sit-in de la Kasbah en 2011 l’incarnation du peuple. Ces jeunes constituaient sa part plébéienne, c’est-à-dire subalterne, exclue socialement, et qui aspire à être reconnue et intégrée par des mécanismes institutionnels plus inclusifs et à renégocier les termes du contrat social. Mais si Kaïs Saïed a repris à son compte le slogan de la révolution, « Le peuple veut », il ne voit pas le peuple comme une réalité qui se manifeste dans des cadres sociaux autonomes comme les mouvements sociaux, les syndicats, les associations, etc. Il reste pour lui une création discursive dont il est le seul interprète [12].

 

La notion de peuple est foncièrement indéterminée, et le sens qu’on lui donne détermine l’orientation d’un projet politique. Kaïs Saïed ne convoque pas, par exemple, le peuple des « travailleurs » envisagés à partir d’une analyse matérielle des rapports de production, qui permettrait d’élaborer une proposition politique, d’envisager des stratégies transformatrices et des alliances politiques. Il fait exister le peuple essentiellement à travers deux modalités, produites par une vision fantasmée de la réalité.

 

D’abord une version dégradée de la plèbe, assignée à son statut de victime, qu’il prend à témoin de ses imprécations contre les « traîtres », les « corrompus » et les « spéculateurs ». 

 

Personne n’est jamais nommé dans ses discours, rien n’est jamais expliqué puisque, selon une de ses formules récurrentes, « le peuple connaît les détails ». En revanche, des campagnes de dénigrement sont lancées en permanence sur des réseaux sociaux téléguidés par la présidence, généralement suivies d’arrestations et de condamnations. Ce registre le condamne à l’impuissance et nourrit une vision paranoïaque de la réalité sociale.

 

Les dysfonctionnements économiques sont toujours rapportés soit au sabotage d’une administration anti-patriotique, soit aux défaillances morales des opérateurs économiques. Autrement dit, à un antagonisme entre le « peuple » vertueux et patriote, mais spolié, et des ennemis de l’intérieur, au service de leurs intérêts ou de puissances étrangères. À aucun moment il n’a formulé une analyse du modèle économique tunisien, de son fonctionnement, de ses racines historiques. La description des faiblesses et des contraintes du potentiel de l’économie tunisienne est totalement étrangère à son univers intellectuel.

 

Le second mode d’existence du peuple dans la rhétorique de Kaïs Saïed est l’ethnos, c’est-à-dire le peuple défini par son appartenance à un groupe culturel, religieux, voire racial. C’est ce qui s’est révélé quand, en février 2023, il a évoqué les migrants subsahariens comme les agents d’un complot visant à transformer la composition démographique de la Tunisie et à la couper de ses racines arabes et musulmanes. Ce discours a libéré une énergie raciste latente, exacerbée sur les réseaux sociaux, et qui se manifeste depuis par des vagues de violences périodiques. Le plus ironique dans l’affaire est que la fonction de ce discours est de servir les objectifs de l’Union européenne de fermer la route tunisienne de l’émigration subsaharienne en contrepartie de financements.


 

 

LE SOUVERAINISME FRACASSÉ

 

Le souverainisme de Kaïs Saïed s’est fracassé sur la dure réalité des alliances. L’armée tunisienne reste organiquement insérée dans les dispositifs stratégiques états-uniens. Les financements saoudiens, la fourniture de gaz algérien entretiennent une forme de dépendance. La stratégie du « compter sur soi » invoquée pour refuser le prêt et les injonctions du FMI en avril 2023 est une illusion : d’une part la Tunisie multiplie les emprunts à longue échéance qui ne font que reporter le problème, d’autre part l’État essore les capacités des banques de financer l’investissement, et fait tourner « la planche à billets ».

 

Même sur une question aussi centrale et symbolique que la cause palestinienne dont Kaïs Saïed se veut le champion, la Tunisie a dû céder. En novembre 2023, Kaïs Saïed a fait interrompre pendant la séance plénière à l’Assemblée l’adoption d’une loi criminalisant la normalisation avec Israël après avoir reçu sept appels téléphoniques de gouvernements occidentaux.  En octobre 2025, le comité d’organisation de la flottille pour Gaza a été arrêté et l’escale tunisienne a été de facto interdite.

 

Combien de temps cela peut-il tenir ? Ceux que l’on surnommait « les conseillistes » ont depuis longtemps disparu de l’entourage présidentiel [13]. Le pouvoir s’est recroquevillé sur une camarilla familiale qui utilise l’appareil judiciaire pour se protéger. Mais le contrat social avec les Tunisiens semble rompu.

 

Kaïs Saïed promettait de répondre à une attente de régénération nationale. Mais cette charge dépassait visiblement ses capacités. Comme lors de l’indépendance en 1956, de l’arrivée au pouvoir de Ben Ali en 1987 ou de la révolution en 2011, cette espérance a été déçue.

 

Mais à la différence de ces trois précédents, il n’y a plus d’horizon d’attente, aucune alternative ne se dessine clairement. Mais plutôt que d’une mobilisation démocratique, elle sera probablement le résultat d’une négociation entre les forces de sécurité et les États « partenaires » intéressés à la stabilité en Tunisie.

 

 

THIERRY BRÉSILLON

 Journaliste.

 



[1]  Ce même journaliste écrivait en effet pour Orient XXI dans son article « Tunisie – Un bouleversement inéluctable mais périlleux » du 3 août 2021, «Indépendamment de ce qu’il peut concrètement proposer, Kaïs Saïed a libéré une capacité de mobilisation, de vigilance, de proposition tout à l’opposé de l’apathie qui s’était à nouveau installée avant le 25 juillet. Exemple parmi d’autres de cette transformation subjective, le point de vue du président de l’association de défense du consommateur : ‘‘La Tunisie d’avant le 25 n’est pas la Tunisie d’après, tous ceux qui se heurtaient à des murs quand ils voulaient faire changer les choses vont pouvoir avancer, ceux qui dormaient mal vont mieux dormir, tout le monde va pouvoir se mettre au travail.’’ ». Mais par la suite l’association de défense du consommateur devait fermer ses portes à Tunis et ses locaux être requisitionnés pour un projet loufoque de Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement, destiné à des programmes de réforme grandiloquente du système éducatif tunisien  qui n’a jamais mis ses ailes....

[2] Voir les sondages effectués par Sigma Conseil, «  Baromètre politique — juin 2021  » et celui de Emrhod publié le 28 juillet 2021.

[3] Éric Gobe. «  Le populisme de Kaïs Saïed comme cristallisation de la crise du régime parlementaire tunisien  », 2022.

[4]  Dans Vocation de l’Islam (1954), Bennabi développe la notion de «  colonisabilité  », à comprendre comme une prédisposition à la colonisation, inhérente aux sociétés qui l’ont été. Ainsi, pour lui, «  pour cesser d’être colonisé, il faut cesser d’être colonisable  ».

[5] Achille Mbembe, «  Afrique-France : neuf thèses sur la fin d’un cycle  », Le Grand Continent, septembre 2023.

[6] Ndlr : Courant du mouvement ouvrier se revendiquant marxiste mais anti-léniniste et qui promeut une doctrine politique révolutionnaire où tout le pouvoir doit être assuré par les conseils ouvriers.

[7] Ndlr : Courant du mouvement ouvrier se revendiquant marxiste mais anti-léniniste et qui promeut une doctrine politique révolutionnaire où tout le pouvoir doit être assuré par les conseils ouvriers.

[8] C’est ici que le journaliste Thierry Brésillon a tort, car  toute action sur le terrain était « téléguidée » par les agents de la Gauche subversive en Tunisie au service de l’intelligence (CIA de Obama-Clinton) ayant mis déjà en place la chute du systeme sécuritaire de Ben Ali, notamment par l’emploi de la violence terroriste des snipers recrutés dans ce but (Nino G. Mucci).

[9] C’est une sorte de « brouillard cognitif » operé à mon avis par le « conseiller de l’ombre » du président, son frère – formé aux techniques modernes de management financier et de psychologie publicitaire, agissant déjà pour le compte des societés internationales d’audit, Naoufel Saïed. (Nino G. Mucci)

[10] C’est ici qu’il faut justement postuler l’existence d’un lobby directif puissant qui apparaît comme la première réalité déterminant le système démagogique mis en place sous l’autorité de Kais Saïed, mais en réalité élaboré et assiste par l’ « expertise » manipulatrice de la publicite de masse facilement accessible par une sorte de « contrat exclusif » entre son frère Naoufel et le lobby technocrate industriel éuropéén derrière le programme energetique (que j’appellerais la « néo-colonisation téchnocrate » portée en avant par des décisionnaires euro-centristes comme von der Leien, Kallas, Marc Rutte pour l’OTAN et avec la collaboration du président français Macron ) –Nino G. Mucci.

[11] Sana Adouni, «  Tunisie-UE : Le prix caché des concessions énergétiques  », Nawaat, 11 juillet 2026.

[12] En effet, le « contrat politique » élaboré secrètement par l’ « intermédiaire fiduciaire » du président Saïed, idéalement son frère Naoufel, a toujours agit et choisit sur la base des formes et  désiderata démagogiques à vocation gauchiste du lobby Démocrat incarné par Barack Obama (« OUI, nous pouvons » = « OUI, JE peux ») – à son temps – et maintenant par le maire de New York Mamdani flomboyant une supposée tolérance trans-sexuelle et gaie, et au même temps à la sauce identitaire anti-israélienne et palestinolatre de la propagande frériste qatarienne...

[13] A ce propos, l’auteur fait justement allusion à un certain « Ridha Lenine »... décrit par la regrettée journaliste Frida Dahmani tel le "Chantre de la démocratie directe, prônant la mise en place d’un État social décentralisé", plutôt reduisible à une  comparse « révolutionnnaire marxiste » qui servait à encadrer les grandes déclamations de Kais Saied au moment de son premier mendat présidentiel... (Nino G. Mucci) 


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